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Tranche de vie

jeudi 29 mars 2007, par Olivier


Mardi 19H00, place de Clichy.

Ivan Pavlov est mon maitre. Il prend le contrôle de mon corps, me jette au milieu des badauds. Inséré dans le flux je m’engage avec mes copagnons d’infortune dans l’intestin qui va nous unir puis nous dispatcher un peu plus loin dans nos vies.

Le quai est bondé, les gens énervés. Tout le monde a bien travaillé et sent bon la sueur, quel bonheur de savoir que je ne suis pas le seul a avoir eu une journée harrassante.

Une femme hors d’age s’approche dégageant autorité et mépris autour d’elle. Elle se dirige vers sa destiné par le chemin le plus court, écartant du revers de sa main droite les manants lui barrant le chemin.

Hautaine et sure d’elle, la baronne est à moins de cinq mètres de ma personne, les peintures de guerre qu’elle arbore sur son visage ne laisse aucun doute sur ses intentions. Il va falloir que je me recule si je veux éviter la collision avec la grande prétresse du fond de teint.

Un pas en arrière, l’insolente avec son regard vitreux passe devant moi sans ciller, et avec elle une caravane d’éffluves plus chargées les unes que les autres. Horreur mon corps se rebiffe, mes entrailles rêvent de sortir par ma bouche, mes yeux se voilent, mes jambes tremblent ; c’est plus que je ne puis en supporter.

D’un pas vif et agacé je quitte mon bout de quai empruntant à mon tour la technique du tout droit, gratifiant le cadre supérieur dont je viens de flatter le pied droit par un léger "désolé".

De la lumière, des gens encore des gens... Je m’évade de cette place surchargée en empruntant une rue à destination de la gare saint lazare. La circulation y est dense, mais les pédestres y sont moins nombreux et plus souriant.

Mon pas se fait plus léger mon rythme de marche de type course à pied laisse place au mode balade. Le soleil me caresse et le vent flatte délicatement mes cheveux qui épris de liberté s’égaillent joyeusement sur mon crane. Décidément qu’est ce qu’ils sont long, il va falloir que j’aille chez le coiffeur et je déteste le coiffeur.

J’en était à ce point dans mes réfléxions, profondes je vous l’accorde, quand je fus sorti de ma torpeur par un concert de klaxons. Les joies parisiennes reprennaient le pouvoir. Cette fois ci il allait y avoir un peu d’animation.

Deux véhicules barraient le carrefour. Un de petite taille semblait bien inséré dans une rue, mais un autre automobiliste dans sa mercedes à cinquante mille euros était apparement décidé a passer avant lui. Manoeuvre qui semblait quelque peu désespérée selon moi.

Un autre automobiliste immobilisé sur le passage piéton dans son quatre quatre a quatre vingt mille euros, ne tentait strictement rien pour reculer son véhicule afin de laisser passer une femme sortant du travail et armée de deux marmots dont l’un était dans une poussette. Notre roi du civisme tirait dubitativement sur son cigare vissé au coin des lèvres et s’impreignait du tableua s’agitant devant lui.

L’homme à la 206 a en jugé de l’état de la voiture de son age et de la colère dans laquelle il était entré, venait très certainement de finir de payer le crédit de son outil de transport, qui devait après chaque journée de travail le reconduire dans sa lointaine banlieue, où les tarifs de locations permettaient à sa famille de mener une existence convenable.

Ce dernier auscultait alors l’objet de tant de sacrifices, lorsque le pilote sortit de sa mercedes grise argenté fraichement polishée pour dire à notre laborieux : "tu vas pas nous faire chier pour une bosse !" language étonnant de la part de cet homme à la chemise blanche immaculée et au bronzage soigné.

Phrase anodine qui venait d’achever d’empourprer notre ami, qui désormais d’une rougeur éclatante et parfaitement répartie, venait d’un bond se porter au chevet du malpoli qu’il empoignait et secouait fébrilement.

La petite fille qui tenait la main de sa maman, prise en otage par le gougeat au quatre quatre, dit à sa mère : "pourquoi ils vont se battre les monsieurs" cette dernière lui rétorqua : "ma puce ce sont les hommes, si un jour tu as la réponse tu m’expliqueras !" elle ajouta un sourire navré à sa progéniture qui du haut de ses cinq ans avait apparement le cerveau en ébullition afin d’apporter une réponse rapide à sa mère et enfin mettre fin à tant d’incertitude.

Notre ami après avoir sévèrement chiffoner la chemise impécable de notre pilote maitrisait ses sens afin de réprimer son envie d’appaltir le nez si parfait de son rival.

Alors qu’il regagnait son véhicule laissant notre pilote interloqué, le gougeat abaissa son carreau, dévissa son cigare et cria à l’égard de notre ami : "ca y est c’est fini le cinéma". Notre ami se retourna et gratifia l’indélicat d’un majeur dressé avec force à une hauteur suffisante pour que le destinataire puisse le voir par delà sa calandre chromée.

Le gougeat revissa son cigare, tira dessus avec flegme et lacha pour lui même en même temps qu’il relevait son carreau : "Salaud de pauvre !"

La vitre était fermée, la circulation se décantait, l’enfant dans la poussette gazouillait, sa soeur toujours arrimée à sa mère fouillait consciencieusement son nez, sa mère était rouge de colère, sa lèvre inférieure tressautait. Sa fille l’arracha alors à son ire mal contenue :

"maman on pourra avoir des bonbons chez leader price, s’il te plait ?"

"oui ma puce..."

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