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Praxitèle, Leslie et moi

jeudi 29 mars 2007, par Caroline


Jeudi 29 mars. 9h30. Le Louvre. Mon quotidien.

J’ai rendez vous avec Leslie à 10h. Nous allons voir l’exposition Praxitèle qui se tient dans le hall Napoléon du 23 mars au 18 juin 2007. Jarrive en avance. J’ai mes habitudes, mon café et surtout, je ne me lasse pas d’observer la population si variée qui traverse l’espace sous la pyramide. Les groupes d’italiens branchés avec lunettes de soleil géantes. Les japonaises le chignon haut perché et le talon difficile. Les quinqa de type féminin cultivé qui se déplace toujours par 3. Et j’en passe...

Je termine mon café et mon article sur notre homme du jour. Il est 10h. Leslie est bloquée sous la pyramide inversée. Il faut absolument que je pense à lui montrer le passage (presque) secret de l’aile Richelieu.

Praxitèle représente un investissement. 9,50 euros. Pour ma part, ma carte d’étudiante de l’Ecole du Louvre m’accorde quelques privilèges. Je suis éxonérée du droit d’entrée et je brandis fièrement ma carte du club au type de l’entrée.

Après quelques commantaires sur ma nouvelle coupe de cheveux, nous entrons sous la Rotonde face à une sculpture en bronze d’au moins 2 mètre de haut du type de l’Aphrodite de Cnide.

Pour situer, Praxitèle est un sculpteur grec du IVe siècle avant notre ère. On estime qu’il a vécu entre 400 et 330. Cependant, la chronologie grecque est approximative puisque on évalue une date par rapport à une autre date. Ce qui veut dire que si ça se trouve, cette chronologie, telle que nous la connaissons aujourd’hui, est fausse. Mais je laisserai ce débat à d’autres bien plus érudits que moi dans ce domaine. Nous sommes surtout ici pour aprécier les oeuvres. L’art fait, certes, parti du temps mais nous ne sommes pas à quelques centaines d’années près.

Reprenons, Praxitèle, IVe siècle, sculpteur. Pour le moment tout va bien. Mais Leslie va faire une remarque tout à fait pertinente. "C’est quand même étrange de faire une expo sur un type dont il ne nous reste qu’un socle signé et une tête colossale !" Leslie est une fille brillante, ce n’est pas pour rien qu’elle est ma super copine.

Nous voilà donc au coeur du problème.

Quasiment rien ne nous est parvenu de lui et pourtant, Praxitèle est considéré comme une superstar de la sculpture grecque. Le secret de sa promotion est Rome. Les romains vont nourrir une passion dévorante pour la statuaire grecque et leurs artistes vont réaliser des copies. Aujourd’hui l’héritage de Praxitèle est essentiellement composé de copies romaines.

L’exposition est donc une sorte de variation sur les thèmes de l’Aphrodite de Cnide (la 1ere représentation du nu féminin de la statuaire), l’Apollon Saurochtone (= tueur de lézards) et la Diane de Gabies.

Résumons. Nous connaissons Praxitèle. Mais seulement par l’intermédiaire d’autrui. Pline et Pausanias relatent certains épisodes de sa vie, les romains ont fait des copies... Et si tout ceci n’était qu’une supercherie montée par quelques philosophes en manque de distraction, ou même par Praxitèle lui même ? S’il est possible d’inventer une personne, est il possible d’imaginer son oeuvre jusqu’à la rendre célèbre ? Après tout, l’archéologie n’est pas une science exacte. Des petits malins ont peut être laissé intentionnelement des indices pour tromper les générations suivantes. Une inscription par ci, une sculpture par là. Jusqu’à rendre ce sculpteur aussi réel que vous et moi.

Pierre nous parlait pas plus tard qu’hier de réminiscence. Et si Praxitèle n’était qu’une idée, un être crée spécialement pour véhiculer l’idée de la beauté ?

Il est aisé de raconter des histoires. Il suffit qu’elles soient largement diffusées. Le bruit court qu’un certain Praxitèle a sculpté une Aphrodite nue. Un sculpteur lambda réalise cette statue et diffuse quelques dessins. La statue se perd mais les dessins circulent et parviennent jusqu’à Rome. Le mythe est crée.

Cela voudrait dire que moi, aujourd’hui, je peux d’ors et déjà travailler à mon futur mythe. Je décide maintenant de ma vie telle qu’elle sera contée et par l’intermédiaire de quelques fans, à ma mort, elle est diffusée.

Caroline. XXe - XXIe siècles de notre ère. Théoricienne émérite dont les pensées ont boulversé le monde de l’architecture et des arts. Confidente de Praxitèle.

Jeudi 29 mars. Minuit. Divagations.

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